La gestion des rats à Paris est un sujet récurrent du débat public depuis plusieurs années. Après une décennie marquée par des tensions sur les méthodes utilisées (biocides anticoagulants critiqués pour leur effet sur les espèces non cibles et la chaîne alimentaire), la Direction de la Prévention, de la Sécurité et de la Protection (DPSP) de la Mairie de Paris formalise un changement de doctrine. Le plan 2026-2028, présenté en conseil municipal le 28 mai 2026, intègre des évolutions techniques (méthodes mécaniques privilégiées), budgétaires (budget en hausse) et organisationnelles (intégration accrue des copropriétés). Nous présentons les principaux axes et leurs implications pour les acteurs concernés.
Trois axes structurants
Axe 1 : budget triennal 14,4 M€ (4,8 M€/an)
Évolution budgétaire : - 2024 : 3,2 M€. - 2025 : 3,7 M€. - 2026 : 4,8 M€ (vote du 28 mai 2026). - 2027-2028 : 4,8 M€/an (engagement triennal).
L'augmentation de 50 % en 3 ans répond à la pression citoyenne (signalements en hausse depuis 2022) et aux retours d'expérience sectoriels.
Répartition du budget 2026 : - Intervention curative (équipes DPSP + sociétés agréées sous marché public) : 60 %. - Programme préventif copropriétés (nouveau, voir axe 3) : 20 %. - Équipements et formations (pièges mécaniques, formation agents) : 12 %. - Communication et signalement (Dansmaru app, affichage, sensibilisation) : 8 %.
Axe 2 : abandon programmé des biocides en intérieur sensible
La Ville de Paris s'engage à : - Interdiction en 2027 des biocides anticoagulants en intérieur des établissements scolaires (écoles, collèges, crèches), bibliothèques municipales, équipements sportifs municipaux. - Interdiction en 2028 dans les établissements de santé municipaux et résidences pour personnes âgées. - Maintien des biocides en extérieur urbain (égouts, voirie) et en intérieur d'établissements privés (restaurants, commerces) sous certaines conditions.
Motivations : - Risques pour la chaîne alimentaire (faune sauvage, chats errants, oiseaux carnivores). - Risques sanitaires sur enfants en cas de mauvaise utilisation. - Apparition de résistances (mutations VKORC1 documentées à 30-40 % des populations urbaines). - Demande sociétale forte (mobilisation associations environnementales).
Méthodes de remplacement : - Pièges mécaniques sécurisés (boîtes Maxitrap, T-Rex Original, etc.). - Pièges électroniques connectés (notification de capture en temps réel, retrait rapide). - Pièges CO2 (gaz carbonique pour mise à mort rapide et indolore). - Exclusion mécanique (rebouchage systématique des trous d'entrée). - Hygiène : élimination des sources de nourriture (gestion poubelles, formation personnel).
Axe 3 : focus parties communes copropriétés
C'est le volet le plus innovant. La DPSP constate que 60-70 % des signalements de rats à Paris proviennent de parties communes d'immeubles (caves, gaines techniques, locaux poubelles). Ces zones relèvent juridiquement du syndic mais sont souvent négligées (pas de contrat de prévention, intervention seulement curative en cas de problème).
Programme "Copropriétés et rongeurs" 2026-2028 : - Identification de 300 copropriétés prioritaires dans les arrondissements les plus touchés (10e, 11e, 18e, 19e, 20e). - Audit gratuit offert aux 300 copropriétés ciblées (diagnostic, recommandations). - Co-financement d'un contrat de prévention 2 ans pour les 100 copropriétés les plus problématiques (50 % de prise en charge par la Ville). - Formation des gardiens d'immeubles (200 places ouvertes sur 2 ans). - Plateforme dédiée syndics pour signalement et coordination.
Budget alloué : ~2,9 M€ sur 3 ans.
Implications pour les acteurs
Pour les copropriétés ciblées :
Une lettre d'information sera adressée aux syndics des 300 immeubles prioritaires fin juin 2026. Procédure :
1. Réception du courrier officiel. 2. Prise de contact avec la cellule "Copropriétés et rongeurs" de la DPSP. 3. Audit gratuit (visite par agent DPSP + société agréée). Rapport sous 30 jours. 4. Présentation des recommandations en AG copropriété (la DPSP peut y assister sur demande). 5. Décision du syndicat de copropriété de mettre en œuvre. 6. Si éligibilité confirmée : co-financement par convention spécifique.
Intérêt pour les copropriétaires : économies significatives (jusqu'à 50 % du coût d'un contrat 2 ans). Conditions : engagement minimal d'investissement (rebouchages, etc.).
Pour les restaurants et commerces :
Pas d'impact direct du plan sur l'année 2026 (les biocides restent autorisés en intérieur professionnel).
Mais évolution attendue à 2-3 ans : - Probable extension future à d'autres secteurs (logements collectifs, locaux de stockage alimentaire). - Pression à anticiper, basculer progressivement vers méthodes mécaniques pour les zones sensibles (proximité produits). - Bénéfice secondaire : meilleure image, valorisable côté client ("sans biocides intérieurs").
Pour les bailleurs sociaux :
Paris Habitat, RIVP, et autres bailleurs sociaux sont signataires d'une convention partenariale avec la DPSP. Engagements : - Inspection annuelle systématique des parties communes (caves, gaines, locaux à ordures) sur tout le parc municipal. - Pas de biocides en intérieur d'immeubles abritant des enfants (la majorité des logements). - Formation accélérée des équipes techniques. - Communication aux locataires sur méthodes alternatives (limitation déchets, etc.).
Budget bailleurs sociaux IDF dédié aux rongeurs : +30 % en 2026 vs 2025.
Pour les particuliers (propriétaires individuels en maison ou en immeuble) :
Pas de changement direct du cadre légal. Les particuliers peuvent toujours utiliser des biocides anticoagulants conformes à la réglementation (en intérieur, attention aux animaux domestiques et enfants).
La communication municipale 2026-2028 va inciter à : - Privilégier pièges mécaniques pour intérieur. - Réserver biocides aux extérieurs si vraiment nécessaire. - Mieux fermer les sources de nourriture (poubelles intérieures fermées, pas de nourriture pour animaux laissée dehors). - Signaler les problèmes via Dansmaru et autres outils.
Pour les prestataires de désinsectisation :
Évolution professionnelle attendue : - Bascule progressive vers méthodes mécaniques. - Formation continue (utilisation pièges, monitoring connecté). - Évolution de la facturation (la prestation comprend l'installation et le retrait régulier des pièges, donc plus de visites — coût annuel généralement légèrement supérieur). - Adaptation des marchés publics : les nouveaux marchés Ville de Paris intègrent une part croissante de méthodes mécaniques.
Évaluation des résultats et perspectives
Indicateurs de réussite définis :
- Volume d'interventions DPSP : objectif stable ou réduit en 2027-2028 vs 2025. - Signalements citoyens : objectif réduction 15 % d'ici 2028. - Réduction usage anticoagulants : 70 % de baisse d'usage en intérieur sensible d'ici 2028. - Couverture copropriétés ciblées : 250/300 ayant un contrat de prévention actif fin 2027. - Plaintes Conseil de Paris liées aux rongeurs : objectif baisse 25 % d'ici 2028.
Évaluations prévues : - Bilan intermédiaire en juin 2027. - Bilan final en décembre 2028. - Publication des indicateurs accessible aux citoyens via paris.fr.
Risques et limites identifiés :
Risque 1 : effet rebond
Si méthodes mécaniques moins efficaces sur grosses infestations, possibilité d'augmentation transitoire des populations avant stabilisation. Suivi spécifique demandé en zone résidentielle dense.
Risque 2 : coût global plus élevé
Les méthodes mécaniques nécessitent un suivi plus fréquent (retrait des cadavres, renouvellement des pièges). Budget 2026-2028 calibré pour absorber ce surcoût.
Risque 3 : résistance des acteurs privés
Certains restaurateurs ou syndics peuvent résister au changement par habitude. Stratégie de la DPSP : démonstration, formation, communication.
Risque 4 : variabilité saisonnière
La pression rongeurs varie fortement selon saison et météo. Mesures correctives nécessaires en cas de hausse anormale (hiver doux, été sec).
Comparaison internationale :
La stratégie parisienne s'inspire de retours d'expérience : - New York : programme Rat Reduction Plan 2017+, focus mécanique et hygiène. - Londres : Pest Management Strategy 2020+, bascule progressive sans biocides en zones sensibles. - Berlin : interdiction quasi-totale des anticoagulants en milieu urbain.
Paris se positionne dans la moyenne européenne progressive : pas d'interdiction totale, mais restriction sectorielle programmée.
Conclusion : ce plan triennal marque un tournant doctrinal pour la Ville de Paris. Les acteurs (syndics, copropriétés, professionnels de la restauration) ont 2-3 ans pour adapter leurs pratiques. OnDeratisetout accompagne ses clients dans cette transition en privilégiant dès aujourd'hui les méthodes mécaniques en intérieur sensible (HACCP, copropriétés, particuliers avec enfants/animaux).
À retenir
- Plan triennal DPSP 2026-2028 : 14,4 M€ total (4,8 M€/an, +50 % vs 2024).
- Interdiction des biocides anticoagulants en intérieur d'établissements scolaires en 2027, santé en 2028.
- Focus sur 300 copropriétés prioritaires en arrondissements 10/11/18/19/20.
- Audit gratuit + co-financement contrats 2 ans pour 100 copropriétés les plus touchées.
- Méthodes de remplacement : pièges mécaniques sécurisés, pièges connectés, exclusion mécanique.
- Objectif 2028 : réduction 25 % des plaintes citoyennes vs 2025.
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Questions fréquentes
Mon immeuble est-il dans la liste des 300 copropriétés prioritaires ?
La liste n'est pas publique mais correspond aux immeubles ayant fait l'objet de signalements récurrents en 2024-2025 dans les arrondissements ciblés. Si votre syndic reçoit un courrier officiel de la DPSP fin juin 2026, vous êtes concernés. Sinon, vous pouvez demander un audit en contactant directement la cellule (sans co-financement).
Puis-je encore utiliser des anticoagulants chez moi en 2027 ?
Oui, en tant que particulier propriétaire vous restez libre d'utiliser des produits homologués grand public. Les restrictions visent les établissements municipaux. Recommandation : privilégier méthodes mécaniques en intérieur (enfants, animaux, chaîne alimentaire).
Les nouvelles méthodes sont-elles aussi efficaces ?
Oui, à condition d'un déploiement structuré (cartographie, monitoring, retraits réguliers). Sur des sites comme grands restaurants, hôtels et bailleurs sociaux ayant déjà basculé, les résultats sont équivalents ou supérieurs aux biocides, avec moins de risques sanitaires et environnementaux.